mercredi 8 avril 2015

10. Louise Michel

Maria Deraismes est morte depuis un an quand Louise Michel rentre de déportation. Née deux mois avant la révolution de juillet 1830, Louise est, comme nombre de Panthéonistas, une enfant illégitime. Ses grands-parents lui donnent une bonne éducation et assez d’argent pour obtenir son brevet d’institutrice. Elle s’installe à Paris, à vingt-six ans. Brune, grande avec son 1,64 cm, dépassant la taille moyenne masculine, mince en un temps où les femmes rondes sont des idéaux de beauté, elle passe pour disgracieuse. Mais tous s’accordent sur son regard pénétrant, ses yeux pétillants d’intelligence et respirant la bonté ainsi que sur la douceur de sa voix. La jeune femme adopte très tôt, les cheveux coupés aux épaules, une véritable extravagance. Comme George Sand, Rosa Bonheur et Madeleine Pelletier, Louise aime porter des vêtements d’hommes, surtout pour la liberté qu’ils procurent. Romantique, idolâtrant Hugo, elle a une fascination morbide pour la mort, ainsi la dédicace de ses mémoires à Sarah Bernhardt est Voulez-vous parcourir l’histoire de ma vie, Sarah, ces feuillets sont des pierres de tombeaux. Sa bonté est proverbiale. Les chats et les sciences sont sa passion.
Enseignant à Paris pendant quinze ans, tout en écrivant des poèmes et désireuse de passer le baccalauréat, comme Julie Daubié, elle contribue au Cri du peuple de Jules Vallès. Lors de la proclamation de la République, à quarante ans, elle est présidente du Comité de vigilance des citoyennes du XVIIIe arrondissement et rencontre Clémenceau son maire. En janvier 1871, membre de la garde nationale, Louise fait feu sur l’Hôtel de ville et participe aux batailles de la Semaine sanglante en tant qu’ambulancière et combattante. Arrêtée, détenue au camp de Satory, elle assiste à l’exécution de ses amis et de Ferré dont elle est amoureuse. Lors de son procès, neuf jours avant la Noël, elle s’adresse à ses juges : Je ne veux pas me défendre, je ne veux pas être défendue. J'appartiens tout entière à la révolution sociale et je déclare accepter la responsabilité de mes actes. On dit aussi que je suis complice de la Commune ! Bien plus, je me fais l'honneur d'être un des promoteurs de la Commune. Puisqu'il semble que tout cœur qui bat pour la liberté n'a droit qu'à un peu de plomb, j'en réclame une part, moi ! Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance. Si vous n'êtes pas des lâches, tuez-moi !
En cette même année, Caroline Rémy, dite Séverine, est mariée sans son consentement, à seize ans, et à Lyon, nait la brillante Anna Amieux. Après deux ans de détention Louise est déportée vers la Nouvelle-Calédonie sous le matricule 2182. Commencent sept années de captivité. En 1879, elle s’installe à Nouméa et ouvre une école, Louise a quarante-neuf ans. Amnistiée l’année suivante et de retour en France, elle participe à de nombreuses manifestations qui la conduisent à de multiples incarcérations qui lui importent peu, sa seule crainte est l’internement psychiatrique, mesure de rétention utilisée par l’Etat contre les opposantes politiques ou les suffragettes françaises dont est victime la docteure Madeleine Pelletier en 1939.
Farouche abolitionniste de la peine de mort, l’insurgée, lorsqu’elle est victime d’un attentat en 1888, refuse de porter plainte contre son agresseur, malgré la balle qui reste dans son crâne jusqu’à sa mort, dix-sept ans plus tard. Arrêtée de nouveau en 1896 et condamnée à six ans de prison, elle est libérée en 1899 à la demande de Clémenceau. Cinq ans ont passés quand elle prend froid à son retour d’Algérie, et meurt d’une pneumonie à soixante-quatorze ans. La vierge rouge, portant le deuil en étendard, est morte. Séverine et Madeleine Pelletier sont deux des quatre femmes suivant son corbillard au premier rang, menant un flot de plus de dix mille personnes. Le récit de ses funérailles passe en page 2 de L’Humanité, éclipsé par le massacre de janvier 1905 en Russie, Le dimanche rouge de Saint-Pétersbourg.
Trente-deux ans plus tard, le 11e bataillon de la XIIIe brigade internationale parti défendre la République espagnole, composé de Français et de Belges, porte son nom. La deuxième promotion de l’ENA portant un patronyme féminin, celle de 1984-1986, a celui de la Passionaria de la Commune. La philosophe Simone Weil l’a précédée de douze ans, en 2004-2006, Simone Veil lui succède et Marie Curie, peu après. Quatre femmes pour soixante douze promotions d’énarques des chiffres quasi identiques à ceux des résidents du Panthéon.



Louise Michel 1830-1905

Michel Louise, Matricule 2182, éd. du dauphin, 1981
Michel Louise, Souvenirs et aventures de ma vie, Maspero, 1983
Michel Louise, La Commune, La Découverte, 1999, et in Gallica, BnF
Michel Louise, Mémoires, La Découverte, 2002
Michel L., Lettres à Victor Hugo, Mercure de France, 2005
Michel L., Légendes et chants de gestes Canaques, 1885, in Gallica, BnF
Michel L., Mémoires de Louise Michel écrits par elle-même, 1886, in Gallica, BnF
Michel L., Oeuvres posthumes, in Gallica, BnF
Durand Pierre, Louise Michel, Le Temps des cerises, 2005
Maitron J., Cordillot M., Pennetier C., Risacher J., Caudron A., Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français : 1789 – 1939, Ed. ouvrières, 1997
Ragon Michel, George et Louise, Livre de poche, 2002
Thomas Edith, Louise Michel ou La Velleda de l’anarchie,  Gallimard, 1971
Wacrenier Christian, Les Chats de Louise Michel, J. Losfeld, 2014
Louise Michel, photographies, in Paris par l'image            




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