lundi 6 avril 2015

7. Sophie Germain

Sophie Germain, femme de science et philosophe, a l’âge d’être la fille d’Olympe de Gouges. Il faut en faire l’aveu pénible, tandis que tant de femmes ont trouvé la célébrité dans des écrits frivoles, la seule femme qui ait réussi dans les travaux sévères, estimée des géomètres, auxquels d’ailleurs tout un aspect de son génie échappe, est à peine connue du public.
Née l’année de la proclamation d’indépendance des Etats-Unis, en 1776, la facétieuse enfant paraît un 1er avril. Issue de la haute bourgeoisie parisienne, son père est député du Tiers-Etat aux Etats Généraux et à la Constituante. A treize ans, Sophie, la bien prénommée, a la révélation des mathématiques au cœur des événements de 1789. Cinq ans plus tard, elle se procure, par la ruse, les cours de la toute nouvelle Ecole polytechnique dont les femmes sont exclues comme de l’ensemble du système scolaire mis en place par la Révolution et l’Empire. La jeune mathématicienne usurpe l’identité d’un ancien polytechnicien et démontre lors d’échanges avec Lagrange le théorème qui porte son nom. Ce n’est qu’en 1972, près de cent cinquante ans après la mort de Sophie, que les premières femmes sont admises à concourir à l’Ecole polytechnique. En faisant le choix de la science, Sophie fait celui du célibat, vivant toute son existence à la charge de sa famille.
En 1806, alors que la Prusse est envahie, la jeune trentenaire demande à Pernety de protéger son ami mathématicien Carl F. Gauss qui apprend alors que son correspondant le plus brillant est une femme. Le goût pour les sciences abstraites en général et surtout pour les mystères des nombres est fort rare. Mais lorsqu’une personne de ce sexe, qui par nos mœurs et nos préjugés, doit rencontrer infiniment plus d’obstacles que les hommes à se familiariser avec ces recherches épineuses, sait néanmoins franchir ces entraves et pénétrer ce qu’elles ont de plus caché, il faut sans doute, qu’elle ait le plus noble courage, des talents tout à fait extraordinaires et le génie supérieur.
En 1811, Sophie se présente à l’Académie des sciences et réussit son entrée à sa troisième tentative, en travaillant sur les surfaces élastiques, sujet qui ne trouve de développement qu’un demi-siècle plus tard. Première femme à assister aux séances de l’Institut comme l’un de ses membres, son aura est importante à l’étranger. Ainsi, sur proposition de son ami Carl F. Gauss, l’Université de Gottingen lui décerne un prix, la mathématicienne décède d’un cancer du sein, à cinquante-cinq ans avant, de le recevoir.
Le temps ne conserve que les ouvrages qui se défendent contre lui.

Interdites de sphère politique et publique, la sphère de l’étude leur est de fait prohibée. Le conventionnel Aymar met en place le fond de commerce éculé du discours misogyne pendant un siècle et demi. Car les femmes sont disposées, par leur organisation, à une exaltation qui serait funeste dans les affaires publiques. L’esprit féminin étant ébranlé par les oscillations de l’utérus, l’ablation du dit organe a chez les plus revendicatives un effet apaisant radical.
Les droits politiques du citoyen sont de discuter et de faire prendre des résolutions relatives à l'intérêt de l'État par des délibérations comparées et de résister à l'oppression. Les femmes ont-elles la force morale et physique qu'exige l'exercice de l'un et de l'autre de ces droits ? L'opinion universelle repousse cette idée.
Voulez-vous que dans la République française, on les voit venir au barreau, à la tribune, aux assemblées politiques comme les hommes, abandonnant et la retenue source de toutes les vertus de ce sexe, et le soin de leur famille ?
L’accès à la culture, à l’éducation, à la sphère publique et politique sont les combats républicains où se distinguent nombre de Panthéonistas dès l’aube du XIXe siècle.






Sophie Germain 1776-1831


Germain Sophie, Recherches sur la théorie des surfaces élastiques, 1820

Sophie Germain, Considérations générales sur l’état des sciences et des lettres aux différentes époques de leur culture, Paris, 1833, in Gallica, BnF

Œuvres philosophiques de Sophie Germain, 1879, in Gallica, BnF

Germain Sophie, Remarques sur la nature, les bornes etl’étendue de la question des surfaces élastiques, et équation générale de cessurfaces, Paris, imprimerie de Huzard-Courcier, 1826, in Gallica, BnF




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