lundi 6 avril 2015

4. Marguerite de Navarre



      Marguerite de Navarre et d’Angoulême naît l’année de la découverte de l’Amérique. Sœur aînée de François Ier, fille de Louise de Savoie, mère de Jeanne d’Albret et grand-mère d’Henri de Navarre, roi de France sous le nom d’Henri IV, belle, brillante, diplomate, écrivaine et mécène, elle est surnommée la dixième muse. Arrière-petite-fille de Louis d’Orléans, que Christine de Pizan contacta en vain pour placer son fils, Marguerite est orpheline de père à quatre ans. Sa mère, Louise de Savoie, qui n’a que seize ans de plus qu’elle, est veuve à dix-neuf ans et lui transmet son amour des livres. Dès ses huit ans, l’enfant est l’objet de la convoitise matrimoniale des plus grandes cours d’Europe, mais à dix-sept ans, elle doit se contenter du bien pâle et peu lettré duc d’Alençon pour éteindre un procès entre leurs deux familles. L’accession au trône de son frère change sa vie, enfin la cour lui ouvre les bras, elle y assure une grande part des charges dévolues à la reine, sa pauvre cousine, Claude de France, qui toujours grosse, finit par succomber. Lettrée, la sœur du roi choisit pour secrétaire et valet de chambre le poète Clément Marot qui dit d’elle : corps féminin, cœur d’homme, tête d’ange.
Dans l’effervescence de la victoire de Marignan, Marguerite compose beaucoup et entretient une correspondance assidue avec les partisans influents de la Réforme. Dix ans plus tard, sur un champ de bataille près de Pavie, son monde s’effondre. La fine fleur de la noblesse française est décimée, son mari blessé meurt à Lyon et son frère vaincu est retenu prisonnier par son ennemi Charles Quint. Elle part pour l’Espagne avec mission de négocier sa libération. L’aventure échoue. Deux ans plus tard, veuve de trente-cinq ans et sans enfants, François Ier, de retour en France, la marie d’office à Henri II d’Albret, roi de Navarre, de douze ans son cadet. Marguerite accouche l’année suivante de Jeanne d’Albret et perd successivement ses deux fils puinés. La plume l’aide à tromper la douleur et l’ennui, les ouvrages se succèdent, dont afin de lutter contre l’intolérance, Les Marguerites de la Marguerite des princesses, près de deux siècles et demi avant Voltaire. Après l’Affaire des placards, subissant les foudres de la colère fraternelle, la belle exilée mécène dans son fief reculé reçoit les dédicaces de nombre d’œuvres, dont le Tiers livre de Rabelais. L’écriture lui revient. Dramaturge, Marguerite multiplie les farces et enfin, en 1542, à cinquante ans, elle se lance dans la rédaction de L’Heptaméron, tout en gérant, en bon régisseur, ses terres en l’absence de son mari.
En 1548, trois siècles avant les revendications suffragistes de Maria Deraisme et de Jeanne Deroin, elle perd son second fils, son frère et se voit contrainte d’accepter, malgré la résistance  désespérée qu’elle oppose, le mariage de sa fille unique avec Antoine de Bourbon Vendôme. La dixième muse s’éteint seule l’année suivante à cinquante-sept ans.


Durant la période de l’avant à dater d’avant l'époque de notre liberté, un grand nombre d’autres femmes mériteraient notre attention, parmi elles, entre les XVIIe et XVIIIe siècles, des femmes de lettres, telles Madame de Sévigné ou Madame de Staël, des comédiennes, telle Madeleine Béjard, des salonnières et des femmes scientifiques telle Madame du Châtelet.




Angoulême M. d’, PoésiesChansons, Théâtre, Epitres, etc, Paleo, 2001
Angoulême Marguerite d’, L’Heptaméron Gallimard, 2007
Angoulême M. d’, Théâtre des femmes de l’Ancien Régime, Univ. St-Etienne, 2006
Contes et nouvelles de la reine de Navarre, 1873, in Gallica BnF
Gil Christiane, Les femmes de François Ier, Pygmalion, 2005
Bideaux Michel, L’Heptaméron : de l’enquête au débat : Marguerite de Navarre Ed. Interuniversitaires 1992

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