lundi 6 avril 2015

2. Héloïse





        Près de six siècles se sont écoulés quand naît Héloïse de Paraclet ou d’Argenteuil, considérée comme la première femme de lettres d’occident dont le nom nous soit parvenu. Née vers 1094 à l’abbaye du Paraclet dans l’Aube, dans un occident à la démographie galopante prêt à partir à la conquête de la Terre Sainte, fille illégitime d’un noble, elle semble indissociable de l’ombre d’Abélard, son aîné de quinze à vingt ans, son maître, son précepteur, son amant et son mari. Elle est plus connue par les écrits des autres que par les siens, surtout par l’autobiographie édifiante rédigée par le très vaniteux Abélard, Histoire de mes malheurs. Néanmoins, sept de ses lettres, dont l’authenticité a longtemps été remise en cause, nous sont parvenues. Au temps de l’amour courtois, ces lignes racontent un amour violent, fait de mauvais traitements plus ou moins consentis. Seuls vestiges de la femme la plus brillante et la plus scandaleuse de son temps.
De haute stature, musicienne, compositrice, versée dans le latin, le grec et l’hébreu, Héloïse est la jeune fille en vue, la « hit girl » de son temps, ses chansons sont reprises par les turbulents étudiants de la rive gauche logés au pied de l’abbaye Sainte-Geneviève. L’oncle de la belle, chanoine de Notre-Dame, la confie aux bons soins de Pierre Abélard, qui la séduit, lui fait un enfant, l’épouse secrètement, alors qu’elle s’y refuse, pour ensuite la placer, toujours malgré elle, dans un couvent à moins de trente ans. Entre-temps l’amant devenu époux avait été châtré. Enfermée à l’abbaye d’Argenteuil, la chansonnière en est l’abbesse jusqu’à sa dissolution.
Réfugiée au prieuré du Paraclet, Héloïse refuse les règles établies par Abélard, adopte la règle bénédictine, échange à ce sujet avec Pierre le Vénérable et établit trois innovations en son couvent ; l’accession de toutes les moniales à toutes les fonctions, l’exercice quotidien de la prédication par les femmes, ce qui exclut la clôture, et le refus du contrôle du monastère par les donateurs. La belle érudite meurt à près de soixante-dix ans.





Héloïse vers 1094-1164

Abélard Pierre, Lettres des deux amants, Gallimard, 2005
Abélard P., Lamentation suivi de Histoire de mes malheurs et Correspondance avec Héloïse, Acte Sud, 2008
Lettres et épitres amoureuses d’Héloïse et d’Abeilard, traduite par MM de Bussy-Rabutin de Beauchamps, précédées de la vie, des amours et infortunes de ces célèbres et malheureux amants. In Gallica
         

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