mercredi 8 avril 2015

8. Julie-Victoire Daubié

Georges Sand a vingt ans et Sophie Germain rédige ses Remarques sur la nature, quand naît, dans les Vosges lointaines, Julie-Victoire Daubié.  Huitième enfant d’une famille aussi nombreuse que celle de Rachel, orpheline de père avant sa deuxième année, elle vit confortablement, tout en étant le témoin de la misère des ouvriers ruraux, des domestiques et des mères célibataires. A vingt ans, elle passe son certificat de capacité d’institutrice, quand à Paris Rachel triomphe dans Phèdre. S’élevant contre le manque de compétences de nombreuses religieuses dispensant l’enseignement des filles, elle décide d’étudier le latin et le grec avec son frère, qui est prêtre, tout en suivant une formation de zoologie auprès de Geoffroy Saint-Hilaire au Muséum où elle obtient l’autorisation d’entrer en dehors des heures consacrées aux étudiants. Proche des Saint-simoniens, elle participe au prix de l’Académie des sciences, des belles lettres et des arts de Lyon en 1859, à trente-cinq ans. Rachel est morte l’année précédente et Jean-Baptiste Millière de retour de sa déportation algérienne s’installe à Paris. Elle propose au jury une étude intitulée, La femme pauvre au XIXe s.  Lauréate du premier prix et des huit cents francs l’accompagnant, enhardie et sachant qu’elle sera bien accueillie dans l’académie de Lyon, elle s’inscrit en candidate libre au baccalauréat, dont elle est la première lauréate de France en 1861, à quarante ans. Forte de ces succès, elle ouvre un bureau d’entrepreneur de broderie blanche, géré par sa nièce, et s’installe confortablement à Paris, où elle donne des conférences et produit des articles d’économies tout en préparant une licence de Lettres en paria des amphithéâtres encore interdits aux femmes.
Julie-Victoire rédige Du progrès de l’enseignement : justice et liberté et De l’enseignement secondaire pour les femmes, trois ans plus tard, lors de la seconde exposition universelle de Paris, elle reçoit une médaille pour l’ensemble de son œuvre, deux ans avant que sa cadette, Maria Deraismes ne fonde la bien plus dérangeante Société pour la revendication des droits civils des femmes, tandis que Louise Michel se débat pour faire survivre l’école primaire qu’elle a créée sur la butte Montmartre en 1865.
Un mois après la proclamation de la IIIe République, elle fait partie de la Commission de dames pour examiner les questions relatives à l’enseignement primaire. L’année suivante elle obtient sa licence, à l’âge de quarante-huit ans et se lance dans une thèse laissée inachevée par sa mort en 1874, Louise Michel a été déportée depuis un an en Nouvelle Calédonie.
Julie-Victoire bénéficie d’un soutien social certain, sans pour autant déroger à sa lutte permanente pour l’accès des femmes à l’enseignement, à une formation professionnelle efficace et au suffrage. L’enseignement secondaire féminin public est créé en 1881, sept ans après sa mort, l’accès à un même programme et au baccalauréat pour tous les candidats quel que soit leur sexe est chose faite en 1924, un demi siècle après sa disparition. Les Françaises accèdent aux urnes pour la première fois soixante-dix ans après sa mort.




Julie-Victoire Daubié 1824-1874

Daubié Julie-Victoire, De l’enseignement secondaire pour les femmes, in Journal des économistes, Paris, 1865
Daubié Julie-Victoire, La femme pauvre au XIXe siècle, par une femme pauvre, Côté-femmes, 1992 et in Gallica, BnF
Daubié Julie-Victoire, L’émancipation de la femme en dix livraisons, Paris, E.Thorin 1871
Maitron Jean, Cordillot Michel, Pennetier Claude, Risacher Jean, Caudron André, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français : 1789 – 1939, Editions ouvrières, 1997



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