jeudi 9 avril 2015

6. Marguerite Durand

Marguerite Durand a neuf ans de moins que sa consœur, Séverine. Son aînée la décrit comme une fine créature mince comme un jonc, au teint à peine rosé, nimbée d’un or si pâle et de fils si ténus qu’on eût cru une chevelure de jeune enfant, les yeux couleur de ciel, toute de grâce et de fragilité !
La Parisienne, fille naturelle d’Anne-Caroline Durand, membre de la bourgeoise aisée, et peut-être du sculpteur Auguste Clésinger, gendre de George Sand, naît le 24 janvier 1864. Marguerite entre à onze ans au Conservatoire et obtient à seize ans le premier prix de comédie. Un an plus tard, alors que Sarah Bernhardt a démissionné depuis quelques mois, la jeune fille joue les rôles d’ingénues à la Comédie- Française. Au faite de sa gloire, elle épouse, à vingt-quatre ans, un avocat, député boulangiste antisémite. Leur mariage dure trois ans. Marguerite désireuse d’écrire, intègre le Figaro, où elle met en place une rubrique courrier. Elle a vingt-huit ans et a divorcé depuis un an, quand envoyée à un congrès féministe international afin de dénigrer le propos, elle est conquise et refuse d’écrire à charge. L’idée lui vient de créer un journal entièrement fait par des femmes.
L'idée m'était venue d'offrir aux femmes une arme de combat, un journal qui devait prouver leurs capacités en traitant non seulement de ce qui les intéressait directement, mais des questions les plus générales et leur offrir la profession de journaliste actif. L’année suivante, La Fronde est fondée, des typographes à la rédactrice en chef, tout le personnel est féminin, les articles traitent de tout et de l’actualité. L’entregent de Marguerite, âgée de trente-sept ans, lui permet d’obtenir les autorisations nécessaires à l’entrée de ses journalistes à l’Assemblée et à la Bourse interdites aux femmes depuis 1848. Le financement de l’entreprise est le reliquat de la carrière d’actrice de la belle. Dans mon écrin étaient vingt-deux perles patiemment collectées une à une pendant des années. Perles sans défaut, perles d’orient parfaites de forme et destinées à composer un collier rare. Leur prix fut le capital de La Fronde.
Son périodique est à l’image de celle qu’elle est devenue, dreyfusarde, laïque et pacifiste. Quand le premier numéro est sous presse, Madeleine Pelletier, passe en autodidacte le baccalauréat, cinq ans plus tard, l’internat lui est refusé, la bachelière bénéficie du soutien médiatique de La Fronde et obtient gain de cause grâce à Marguerite Durand. Malgré les grands noms du journalisme féminin qui écrivent dans ses colonnes, dont Séverine, le périodique peine à survivre. Quotidien jusqu’en 1903, date où il devient mensuel, il finit par disparaître en 1905, en pleine tourmente des lois de laïcité.
Marguerite lance alors l’idée des candidatures féminines aux élections pour les municipales de 1908, reprise avec Hubertine Auclert et Madeleine Pelletier lors des législatives de 1910. Elle est de nouveau une des candidates illégales aux municipales dix-sept ans plus tard, à soixante-trois ans. En 1931, elle lègue sa bibliothèque et les documents réunis sur les femmes à la ville de Paris, créant le premier Office de documentation féministe, qu’elle dirige bénévolement jusqu’à sa mort en 1936, à la veille de l’entrée des trois premières secrétaires d’Etat féminines, dont Cécile Brunschvicg au gouvernement de Front populaire. Huit ans après sa mort, les femmes votent et sont éligibles pour la première fois de notre histoire.



Marguerite Durand 1864-1936


Coquart E., La frondeuse : Marguerite Durand, patronne de presse et féministe, Payot, 2010
          Mary Louise Roberts, Copie subversive : Le journalisme féministe en France à la fin du siècle dernier, in Clio, 6/1997 : Femmes d'Afrique
            Rabaut Jean, Marguerite Durand (1864-1936), La Fronde féministe ou Le Temps en jupons, L'Harmattan, 1996
Marguerite Durand, photographies, in Paris en images


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