jeudi 9 avril 2015

3. Hubertine Auclert

Je suis toujours dangereuse, est la devise d’Hubertine Auclert. Née entre les deux révolutions de 1848, elle s’éteint au lendemain de la déclaration de guerre de l’Empire allemand à la France, à soixante-six ans. Issue d’une famille aisée et républicaine de l’Allier, sa mère accueille des filles-mères et manifeste de l’empathie pour celles ayant dû subir une IVG, l’occupation allemande, liée à la défaite de 1870, est une blessure profonde pour celle qui a, comme beaucoup de jeunes femmes de son temps, une fascination pour Jeanne d’Arc.
En pension au couvent, comme Sarah, Hubertine se voit devenir nonne, mais elle quitte la clôture à sa majorité, en 1869, le Second empire agonise. Après la Commune, à vingt-trois ans, elle s’installe dans un Paris en ruines. Admiratrice de Maria Deraisme et de son Association pour le droit des femmes, créée deux ans auparavant, la jeune femme axe son combat sur le suffrage des femmes et se dit féministe. Très anticléricale, elle fonde, à vingt-huit ans, la société Le droit des femmes, qui devient, cinq ans plus tard, Le suffrage des femmes. Isolée, car considérée comme trop radicale, elle lance l’hebdomadaire La Citoyenne et reçoit le soutien de Séverine. Sa stratégie est de pétitionner et d’écrire inlassablement dans les journaux, le sien, ceux des autres, sous son nom ou ceux de Liberta ou Jeanne Voitout. Les femmes doivent envahir les colonnes des périodiques et l’espace public afin d’êtres visibles, audibles et lisibles : Qu’elles demandent, qu’elles importunent, qu’elles obsèdent. Dès 1885, elle profite des funérailles nationales de Victor Hugo et marche de 9h à 18h dans la rue le long du cortège avec la banderole rose sur laquelle elle a brodé d’or : Le droit des femmes. Tous les 14 juillet, elle défile en berne et dépose une couronne à Jeanne d’Arc. La jeune femme invente le faux timbre de vote où un homme brandit Les droits de la femme, et l’affiche sur laquelle un couple vote face au soleil levant. Comme Sarah Bernhardt, Hubertine est une femme de communication.
Elle milite pour la féminisation des noms et veut bannir le mot demoiselle, pour le premier il faut attendre la loi de 1986 qui peine à être appliquée et pour la seconde 2013, un quasi centenaire après la mort de la féministe. Son seul soutien politique est le vieil Auguste Blanqui qui lui laisse la première partie de ses meetings. Louise Michel qui est son idole, la juge trop bourgeoise dans ses revendications. De son côté, Hubertine, tout aussi radicale, refuse de suivre les funérailles de Clémence Royer qui refusait le suffrage et dénonce les travers féminins et la vanité des femmes diplômées.
Partie en Algérie durant quatre ans avec son mari et son fils, elle publie au tournant du siècle Les femmes arabes en Algérie. En 1910, à soixante-deux ans, comme Marguerite Durand et Madeleine Pelletier, elle dépose une candidature illégale aux élections législatives, obtenant 4% des voix masculines exprimées.
Dans tous ses appartements, l’accompagnent un buste de la république posé sur la cheminée et un portrait de Georges Sand qui jugeait fort mal les suffragistes de 1848.



Hubertine Auclert 1848-1914


Auclert Hubertine, Le vote des femmes, Giard et Brière, 1905
Auclert Hubertine, Les femmes arabes en Algérie, 1900
Auclert Hubertine, pionnière du féminisme, textes choisis, éd. Bleu autour, 2007
Debré J.-L. et Bochenek V., Ces femmes qui ont réveillé la France, Paris, Fayard, 2013
Hause C. Steven, The French suffragettes, Londres, 1987
Scott Joan W. La citoyenne paradoxale : les féministes françaises et les droits de l'homme, Albin Michel, 1998


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