mercredi 8 avril 2015

5. Marguerite Boucicaut


         
 En 1815, six mois après la débâcle de Waterloo, Marguerite Guérin-Boucicaut naît à Verjux. Sa mère, âgée de vingt-neuf ans, est gardienne d’oies, illettrée et fille-mère. A quinze ans, Marguerite, jeune orpheline arrive à Paris à la veille de la Révolution de juillet, comme George Sand. Loin des salons bohèmes, elle est apprentie blanchisseuse dans le quartier insalubre de la rue du bac, collègue d’outre-Seine de Jeanne Deroin. Peu après, elle apprend à lire, écrire et crée son propre bouillon. Cinq ans plus tard, elle rencontre Aristide Boucicaut, jeune normand, qu’elle ne peut épouser car la famille de l’élu refuse cette mésalliance. Les jeunes amants vivent en concubinage, ont un fils et se marient en 1849, douze ans après leur rencontre. Marguerite a trente-deux ans. Grande, très forte assez vite, son visage respire la bonté.
En 1845, après une période de chômage, Aristide est embauché par les frères Videaux qui viennent de fonder une mercerie, Le Bon marché. Passé associé, le Normand en fait, l’année de son mariage, un vaste magasin devant être un lieu de tentation pour les femmes. En 1869, devenu l’unique propriétaire, le couple qui a connu une ascension fulgurante, à près de cinquante ans, plutôt que de vivre de ses rentes, commande à Gustave Eiffel, de nouveaux bâtiments, Marguerite en pose la première pierre. Un an plus tard la Guerre franco-prussienne, le Siège de Paris et la Commune interrompent les travaux qui reprennent par tranches jusqu’en 1887. Imprégnée du socialisme chrétien de Lamennais, la directrice ne compte oublier ni ses employés, ni ses origines. Aristide meurt soudain, à soixante-sept ans, en 1877, laissant à Marguerite et son fils la charge du Bon marché. Deux ans plus tard, la tuberculose emporte son enfant, Marguerite, seule et sans descendant, est à la tête d’une immense fortune et d’une entreprise de plusieurs milliers d’employés. Femme d’action, elle change les statuts, associant le personnel d’encadrement au capital du magasin, réservant des actions à ses employés, créant un hôpital à leur intention ainsi que des soins et des logements pour les filles mères ; Marguerite a soixante-quatre ans. Soucieuse de son village natal, elle le dote d’une école, d’une nouvelle mairie, d’une salle d’asile, de nouvelles cloches pour l’église et d’un pont impérial sur la Saône. La vieille dame meurt à Cannes à quatre-vingt-un ans.
Lorsque son corps est ramené à Paris, au beau milieu du mois de décembre, une foule immense attend son arrivée et, bien qu’elles n’aient rien d’officiel, ses funérailles sont suivies par des milliers de personnes.
La vieille dame a fait de l’Assistance publique sa légataire universelle, à la condition qu’un hôpital soit construit sur la rive gauche et que l’institution prenne soin de sa tombe qui est aussi celle de son époux et de son fils. En léguant tout ce qui reste de ma fortune à l’Administration la plus puissante pour assister les malheureux, mon unique pensée a été de venir aussi utilement que possible au secours des souffrants et des misérables. L’hôpital modèle, construit entre 1894-1897, est composé de huit pavillons entourés de jardins, intégrant le tout à l’égout, le chauffage, l’isolation et la ventilation naturelle, s’inspirant des règles d’hygiène de Pasteur préconisant la séparation des malades pour éviter la contagion.
Marguerite lègue aussi plus de cent millions à ses employés, ainsi que 600 000 francs pour leur maison de retraite de Fontenay-aux-Roses. 600 000 autres sont affectés au centre nourricier de Bellème pays natal d’Aristide et 2,6 millions sont offerts pour la prise en charge des filles mères de Lille, Rouen et Chalon dans des maisons faites pour recevoir, au moment de leurs couches, les femmes non mariées qui auront eu pour la première fois, le malheur d’être séduites. Le don de 250 000 francs, fait de son vivant à l’Institut Pasteur, est augmenté de 100 000 après sa mort quand 300 000 francs échoient à l’Archevêché de Paris, 100 000 aux Eglises réformés et 100 000 au Grand rabbin de France. Enfin, les tableaux réunis par le couple entrent dans les collections nationales.


Marguerite Boucicaut 1816-1887 


Burckart Monica, Le bon marché, rive gauche, Assouline, 2012
Guillot Antonin, Madame Boucicaut : un destin hors du commun, Groupe d'Etudes Historiques de Verdun-sur-le-Doubs, 1995
Debré Jean-Louis et Bochenek Valérie, Ces femmes qui ont réveillé la France, Paris, Fayard, 2013
Célébrations nationales Le Bon Marché


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