vendredi 10 avril 2015

12. Louise Weiss

Née en 1893, seize ans après Cécile Brunschvicg, Louise Weiss est alsacienne et descend par son père d’une famille protestante d’ingénieurs des mines et par sa mère d’une riche famille juive allemande et tchèque installée à Seppois-le-Bas. Cette année-là Séverine écrit ses Pages rouges et Maria Deraismes fonde la première loge maçonnique mixte, le Droit humain. Comme Cécile, Louise est élève de lycée contre l’avis paternel. Agrégée de lettres, diplômée d’Oxford, comme Andrée Viollis, la jeune femme s’oriente vers le journalisme, fréquentant les exilés tchèques et slovaques avec qui elle développe son intérêt pour les relations internationales. Pacifiste convaincue, elle devient infirmière en Bretagne, en 1914 là où sa famille est réfugiée. Après guerre, empreinte de l’esprit de la Société des Nations, proche d’Aristide Briand et cherchant à rapprocher la France et l’Allemagne, elle fonde et dirige la revue L’Europe nouvelle de 1920 à 1934 et dans la même dynamique l’association Femmes nouvelles qui compte plus de dix mille adhérentes.
Elle lance à la même époque une vaste campagne pour le suffrage des femmes et se présente aux législatives de 1936, dans la lignée de Marguerite Durand, Hubertine Auclert et Madeleine Pelletier. Louise, en maîtresse de la communication, organise des actions très médiatiques ; un tour de France, auquel participent les aviatrices Hélène Boucher et Maryse Bastié, stars du moment, un lâcher de ballons rouges, avec des tracts féministes lors de la finale de la Coupe de France de football, une distribution de myosotis, fleurs du souvenir, le 1er juin aux nouveaux députés et le lendemain des chaussettes, portant l’inscription, Même si vous nous donnez le droit de vote, vos chaussettes seront raccommodées, aux sénateurs, l’assaut de la piste du Grand Prix de Longchamp par des militantes brandissant des pancartes, La Française doit voter.
En 1939, à quarante-six ans, Louise est nommée Secrétaire générale du Comité pour les réfugiés d’Allemagne et d’Europe centrale. Lors de l’invasion allemande, elle est à New York, où elle reste jusqu’en 1941, soutenant brièvement Pétain avant d’entrer dans le réseau Patriam Recuperare, où elle joue un faible rôle. A la Libération, elle vote pour la première fois à cinquante-trois ans, couvre le procès de Nuremberg, fonde l’institut de polémologie, parcourt le monde, réalise un grand nombre de films documentaires et publie, Ce que femme veut.
En 1971, à soixante-dix-huit ans, la suffragiste fonde l’Institut des sciences de la paix, s’engage dans les premiers projets d’Union européenne et contribue à la création du Parlement européen. A quatre-vingt-six ans, la vieille dame prononce le discours d’ouverture de la première session du nouveau parlement dont la présidence paraît devoir lui revenir, avant que ne la devance la jeune Simone Veil, âgée de cinquante-deux ans. Décédée quatre ans plus tard, Louise repose dans le même cimetière que Rosa Bonheur, là où se dressait l’abbaye de Port Royal.



Louise Weiss 1893-1983


Weiss Louise,
Mémoires d’une Européenne, Albin Michel, 1978
Le fond et la forme, Mémoires d'une Européenne, in Ina
Jomy Alain, Louise Weiss, une femme d’influence, 2003Berlin Célia, Louise Weiss, Albin Michel, 1999

Discours de Louise Weiss au Parlement européen, in Ina

L'homme en question, 1978, in Ina

Panorama, Quand les femmes ne votaient pas, 1969, in Ina

Radioscopie, Louise Weiss-Jacques Chancel, 1, 2, 34 et 5, 1980, in Ina

Louise Weiss, photographies, in Paris en images


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