jeudi 9 avril 2015

4. Sophie Lumina Surprise

Marie-Philomène Roptus, dite Sophie Lumina ou Surprise naît en 1848, neuf mois après la seconde abolition de l’esclavage sur le territoire français, en Martinique. En France, Eugénie Niboyet et Jeanne Deroin se battent pour la reconnaissance des droits des femmes et le droit au suffrage. L’enfance de Sophie Lumina est marquée par le changement de statut des anciens esclaves et la difficile mise en place des contrats d’association laissant en jouissance aux travailleurs une case et un lopin de terre. Surprise a six ans quand sa mère, devenue chef de famille, s’installe sur l’habitation Champfleury entre Vauclin et Rivière Pilote, vendant ses bras à la journée au gré des récoltes.
Au début de l’année 1870, Surprise, jeune femme de vingt-et-un ans, est dotée d’une forte personnalité, journalière par moments, vendeuse sur les marchés, fréquentant les artisans, cultivatrice et couturière rurale, vivant en concubinage avec Emile Sidney, issu d’une famille de libres de couleur, elle s’insurge contre l’impôt dû par les anciens esclaves, méprisés et qui n’ont pas accès à l’instruction. L’affaire Lubin, entrepreneur noir victime d’un jugement arbitraire en faveur d’un jeune blanc, met le feu aux poudres, une insurrection contre la persistance des statuts coloniaux d’avant l’abolition enfle le 22 septembre 1870, quand la population du Sud de la Martinique se soulève. Lumina est des insurgés. La IIIème république a été proclamée trois semaines plus tôt en métropole, les premiers combats du siège de Paris ont commencé depuis cinq jours. L’insurrection est écrasée en cinq jours par des troupes de marine et des milices de volontaires blancs.
Surprise, enceinte de deux mois, est arrêtée le 26 septembre 1870. Elle est presque à terme lorsqu’elle passe devant ses juges. Lors de son premier procès qui commence la veille de la Commune, elle est présentée comme une femme cherchant à dominer les hommes et la flamme de la révoltela plus féroce, la plus terrible des chefs de bande, la maniaque de l’incendie. Elle est pourtant relaxée le 17 avril d’une partie des charges. Dix jours plus tard, elle donne naissance à un garçon qui lui est retiré. Son second procès, aux chefs d’accusation de révolte, blasphème, incendie et participation active à l’insurrection, débute un mois plus tard, au lendemain du premier jour de la Semaine sanglante, Louise Michel est sur les barricades, les Versaillais prennent les XVIe et XVe arrondissement, des exécutions sommaires ont lieu dans la caserne de la rue du Bac, Madeleine Bres officie au titre d’interne provisoire et Jean Baptiste Millière réfugié rue d’Ulm n’a plus que quatre jours à vivre. Le 8 juin, Sophie, qui ne parle que le créole dans un tribunal où toutes les plaidoiries sont menées en français, est condamnée aux travaux forcés à perpétuité. Déportée en Guyane, elle arrive au bagne trois jours avant Noël. Auguste Villard condamné avec elle au bagne de Nouvelle Calédonie part en 1873 sur le Virginie, bateau où Louise Michel est embarquée elle aussi. Le fils de Sophie meurt peu après, sans être sorti de la prison où il est né.
En 1877, à vingt-neuf ans, la jeune condamnée est contrainte de se marier à un bagnard et meurt deux ans plus tard d’épuisement, de maladie et de mauvais traitements.



Sophie Lumina dite Surprise 1848-1879


Pago Gilbert, Lumina Sophie dite « Surprise » 1848-1879, Insurgée et bagnarde, éd. Ibis Rouge, 2009Jahan Sébastien, à propos de Pago Gilbert, L’insurrection de la Martinique (1870-1871) in Cahiers d’Histoire, n°116-117, 2011


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