mercredi 8 avril 2015

9. Maria Deraismes

La Parisienne Maria Deraisme naît en 1828, au cœur de l’été, dans une famille bourgeoise, voltairienne et très anticléricale, au moment où la Restauration est la plus ultra. Ses parents la laissent libre de s’éduquer, aussi à vingt ans est-elle érudite, un brin idéaliste pensant que la société peut être construite sur la liberté et la quête d’égalité. Pour elle, les changements se font pas à pas et non par la révolution. Comme Julie-Victoire, elle envisage l’éducation comme seul principe de l’émancipation féminine. Son père décède quand elle a vingt-quatre ans, les révolutions de 1848 ont eu lieu quatre ans auparavant, sans qu’elle ne s’en inquiète. Malgré ce décès, sa vie confortable de rentière studieuse se poursuit sans encombre. Peu après, la mort de sa mère la conforte dans son statut de femme indépendante financièrement. Si elle souhaite le rester, le célibat est une condition sine qua non. Libre, disposant de moyens et de temps, elle se fait journaliste. En 1866, les francs-maçons victimes de campagnes de dénigrement décident à l’initiative de Léon Richer, libre penseur et féministe, de placer cette femme de trente-huit ans sur le devant de la scène par des conférences. Maria se révèle une oratrice redoutable en un temps où l’éloquence est un apanage masculin. Le succès est immédiat, l’exercice est démultiplié sur les thèmes les plus variés toujours centrés sur le point de vue féminin.
Deux ans plus tard, à la veille de la Guerre franco-prussienne, l’oratrice fonde avec Léon Richer, Paule Mink et Louise Michel la Société pour la revendication des droits civils des femmes, et en 1870 L’Association pour le droit de femmes, qu’elle préside, associant les combats pour l’émancipation féminine à la laïcité. Durant deux ans, elle soutient Louise Michel et Elisée Reclus dans leurs initiatives visant à l’instauration d’une éducation pour les filles. Alors qu’après la Commune, Louise est jugée et déportée, Maria résolument républicaine, devient une fervente propagandiste du régime. Ne perdant pas de vue ses objectifs, alors que Louise vogue vers les côtes calédoniennes, elle fonde avec Hubertine Auclert la Société pour l’amélioration du sort de la femme. Maria est une femme âgée de quarante-six ans, Hubertine a vingt-six ans. Quatre ans plus tard,  la journaliste organise avec Léon Richer le Congrès international du droit des femmes. A soixante-cinq ans, un an avant sa mort, elle fonde la première loge maçonnique mixte de France, Le Droit Humain, qui se change en l’Ordre maçonnique mixte international, Le droit humain. Près de trois quarts de siècles avant Simone de Beauvoir, Maria écrit, l’infériorité des femmes n’est pas un fait de la nature, nous le répétons, c’est une invention humaine, c’est une fiction sociale. La franc-maçonne meurt dans son appartement parisien à soixante-six ans.


Maria Deraisme 1828-1894


Deraismes Maria, Aux femmes riches, 1865, in Gallica, BnF
Deraismes Maria, Ce que veulent les femmes, articles et discours de 1869 à 1894, éd. Syros, 1980
Deraismes Maria, Ève dans l’humanité, éd. L. Sauvaitre, Paris, 1891, et éd. Abeille et Castor, Angoulême, 2008
Deraismes Maria, Oeuvres complètes, 1885, in Gallica, BnF
Debré J.-L. et Bochenek V., Ces femmes qui ont réveillé la France, Fayard, 2013
Caron J-C. Maria Deraismes, Ève dans l’humanité, Revue d’histoire du XIXe siècle, n°38 – 2008
Site de la loge Le droit Humain






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