vendredi 10 avril 2015

9. Alice Guy


Si Anna Amieux dans l’ombre de Marie Curie promeut les sciences, Alice Guy Blaché est la femme de l’invention révolutionnaire du tournant du siècle, le cinématographe. Elle naît en 1873, quand Sarah Bernhardt, à trente ans, triomphe dans Phèdre, et Louise Michel vogue vers la Nouvelle Calédonie. Après des études de sténographe, Alice qui est polyglotte, réalise, à vingt-et-un ans, son premier court métrage Esméralda et deux ans plus tard, le premier film de l’histoire comportant des effets spéciaux, La fée aux choux, qui connaît le succès. Embauchée chez Gaumont en tant que secrétaire, la jeune fille se mue en scénariste et réalisatrice, son patron, à peine plus vieux qu’elle, lui laissant carte blanche, la jeune fille tourne ainsi une centaine de films entre 1900 et 1909, enthousiaste incorrigible, tentant toutes les innovations, de la couleur aux effets sonores, vingt ans avant le premier film parlant étatsunien. Le succès est là dès 1906, avec La Passion du Christ, premier péplum de l’histoire du cinéma. A trente-trois ans, Alice rencontre Herbert Blaché, directeur de la Gaumont à Berlin. Tous deux sont envoyés en 1907 à Long Island pour observer les évolutions du cinéma. Installée aux Etats-Unis, elle fonde la Solax, son propre studio, ce qui fait d’elle la première créatrice d’une société de production outre-Atlantique. Ses films américains connaissent un tel succès, que dès 1912, elle est la seule femme du pays gagnant plus de 25 000 dollars par an. A quarante-et-un ans, riche, célèbre, enceinte, directrice du studio le plus important du pays, référence du milieu cinématographique, elle pousse l’audace jusqu’à tourner en extérieur et à donner cet ordre révolutionnaire aux acteurs : Soyez naturel !
Ses conférences sur les droits des femmes sont prisées ainsi que les deux fables féministes qu’elle réalise. Néanmoins comme pour toutes les épouses, comme George Sand avant elle, son mari est le propriétaire de ses biens et des dividendes de son travail. Herbert, pour fonder la Blaché picture, vend, sans l’en informer, à vil prix, un des films de sa femme qui est un grand succès. Le couple se sépare, Alice, privée de sa maison de production, réalise des longs métrages pour d’autres compagnies. Le divorce est prononcé en 1918. En un temps où les compagnies indépendantes disparaissent, la productrice fait de mauvais choix en refusant des associations intéressantes. Ruinée, elle vend à perte son studio ainsi que tous ses biens et revient en France à quarante-neuf ans. Oubliée, elle s’installe chez sa sœur, et écrit des contes pour enfants. Ses films disparaissent peu à peu. A la fin de sa vie, Alice décide de réunir les bobineaux de son œuvre. En 1995, cinquante de ses films sur les sept cents de sa production sont retrouvés. La vieille dame meurt à quatre-vingt-quatorze ans, deux mois avant mai 1968. Son autobiographie est publiée peu après.

 

Alice Guy-Blaché 1878-1963


Guy Alice, Autobiographie d’une pionnière du cinéma, (1873-1968) Denoël Gonthier, 1976
Chocron Daniel, Alice Guy, pionnière du cinéma, Le Jardin d'Essai, 2013
La Fée aux choux , film, 1896
Madame a des envies, film, 1907



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