lundi 6 avril 2015

5. Olympe de Gouges


          La petite Marie Olympe Gouze naît en 1748 à Montauban, elle est la fille d’un boucher, membre de la bourgeoisie locale et la filleule du marquis de Pompignan, dramaturge à ses heures, qui est peut-être son père biologique. A seize ans, la jeune fille est mariée à un officier de bouche inculte qui lui fait un enfant et à la bonne idée de mourir, peu après, emporté par une crue. La crainte d’épouser un homme l’empêchant de publier la décide à rester célibataire, malgré la demande en mariage d’un haut fonctionnaire de la marine, dont elle est la maîtresse. Ses largesses assurent néanmoins à la mondaine un train de vie bourgeois.
Lettrée, la dramaturge change son nom en Olympe de Gouges, écrit des pièces, monte une troupe itinérante, jouant ses œuvres, et connaît quelque notoriété avec L’esclavage des noirs inscrit au répertoire de la Comédie française, le 30 juin 1785, sous le titre de Zamore et Mirza ou L’heureux naufrage. Mais suite à un litige avec les comédiens, la belle est embastillée, sa pièce est retirée du répertoire et elle ne doit sa libération qu’à l’intervention de ses protecteurs. A la veille de la Révolution, la femme de quarante ans a publié, entre autres, des textes abolitionnistes et deux brochures politiques.  Comme Christine de Pizan avant elle, Olympe propose un projet d’impôt patriotique dans sa Lettre au Peuple ou projet d’une caisse patriotique, par une citoyenne.
En réponse, à la publication de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, l’écrivaine rédige La déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dédiée à la Reine, et s’engage dans les débats acharnés autour du suffrage des femmes. Elle s’écrie, la femme a le droit de monter à l’échafaud, elle a le droit à la tribune. Réformatrice de la société, elle propose l’autorisation du divorce, la suppression du mariage religieux, la mise en place d’un contrat civil qui prendrait en compte les enfants illégitimes, théorise un système de protection maternelle et infantile, demande la création de maternités, d’ateliers nationaux, un demi-siècle avant la révolution de février 1848, et de foyers pour les mendiants. Par sa pugnacité constante, la femme politique obtient que ses semblables puissent assister aux cérémonies patriotiques.
Installée dans le village d’Auteuil, en relation avec Condorcet, elle rejoint les Girondins et fréquente le marquis de Villette, farouche défenseur de l’entrée de Voltaire au Panthéon et Secrétaire général de la Commune de Paris. L’ensemble du groupe s’oppose à la mort de Louis XVI. Quelques mois plus tôt, Olympe est des rares avec le marquis de la Villette à condamner publiquement les massacres de septembre. Mettant un point d’honneur à s’attaquer aux hommes les plus puissants du moment, dont Marat et Robespierre, elle dénonce, en pleine tourmente, l’arrestation des Girondins comme une remise en question de la démocratie. Arrêtée le 20 juillet 1793, elle est envoyée à la Petite force avant d’obtenir son transfert à la Santé, où elle entretient une liaison avec un prisonnier, dans l’espoir de tomber enceinte afin de gagner du temps. Traduite devant le tribunal révolutionnaire le lendemain de la Toussaint, privée d’avocat, elle se défend bien et se déclare enceinte. Son fils, pour sauver sa vie, témoigne à charge et la renie au motif de l’indécence de sa conduite politique. Déclarée folle, elle est condamnée par Fouquet. Les Girondins, jugés entre les 24 et 30 octobre 1793, sont morts depuis quatre jours, quand le 3 novembre 1793, cinq jours avant Manon Roland, Olympe meurt à quarante-cinq ans, montant dignement à l’échafaud. Face aux tricoteuses et à la foule hurlante, elle aurait déclaré : Enfants de la patrie vous vengerez ma mort. Honorons sa vie.

Femme réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation.




Olympe de Gouges 1748-1793



Gouges Olympe de, Les droits de la femme à la Reine, 1791, in Gallica BnF
Gouges Olympe de, Remarques patriotiques, 1791, in Gallica BnF 
Gouges Olympe de, Projet d'impôt patriotique, 1788, in Gallica BnF 
Gouges Olympe de,  Oeuvres de madame de Gouges.... Tome premier, 1788, in Gallica BnF 
Gouges Olympe de,  Le mariage inattendu de Chérubin, 1788, in Gallica BnF
            Gouges Olympe de, Zamore et Mirza ou l’esclavage des noirs, EJL 2007
Gouges Olympe de, Théâtre politique, Côté-Femmes, 1991
Gouges Olympe de, Femme, réveille toi ! Gallimard, 2014
Blanc O., Olympe de Gouges : des droits de la femme à la guillotine, Tallandier, 2014
Catel, Bocquet J.-L., Olympe de Gouges, Paris Casterman, 2012
Groult Benoite, Ainsi soit Olympe de Gouges, Grasset, 2013
Mousset Sophie, Olympe de Gouges et les droits de la femme, Pocket, 2007
Perrot Michèle, Des femmes rebelles, Ed. Elysad, poche, 2014
Olympes de Gouges in Les femmes et la révolution in L'Histoire par l'image



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