mercredi 8 avril 2015

4. Jeanne Deroin

Jeanne Deroin est la cadette d’un an de George Sand. Née le dernier jour de l’année 1805, elle est en toute illégalité la première candidate aux élections législatives de 1849, après avoir impliquée George Sand dans celles de 1848.
Jeanne est l’une des plus modestes des Panthéonistas, à l’image de l’avancée des idées et des revendications des femmes qui touchent toutes les couches de la société. Simple ouvrière lingère, autodidacte, elle fait partie de la lie de la population lavant en Seine le linge sale des Parisiens. Cherchant à s’élever et surtout à éduquer ses semblables, elle passe le brevet d’institutrice et rédige à vingt-six ans, un texte contre l’Assujettissement de la femme. Ayant gagné les rangs des socialistes utopiques, elle se marie à Antoine Desroches, dont elle refuse de prendre le nom, la cérémonie civile institue l’égalité des époux et non la fidélité et l’obéissance de l’épouse selon le code napoléonien. Trois enfants naissent, ce qui n’entrave pas la création de son Club de l’émancipation des femmes. En 1832, elle contribue à La femme libre premier journal féministe, précurseur de La Fronde de Marguerite Durant. Dans une période d’agitation révolutionnaire européenne constante, alors que George Sand est submergée par sa passion pour Musset, la jeune mère de famille, sous le pseudonyme de Jeanne-Victoire, très inspirée par Condorcet, lance un Appel aux femmes en première page de son journal.
Lorsque tous les peuples s'agitent au nom de Liberté, et que le prolétaire réclame son affranchissement, nous, femmes, resterons-nous passives devant ce grand mouvement d'émancipation sociale qui s'opère sous nos yeux ? Notre sort est-il tellement heureux, que nous n'ayons rien aussi à réclamer ? La femme, jusqu'à présent, a été exploitée, tyrannisée. Cette tyrannie, cette exploitation, doivent cesser. Nous naissons libres comme l'homme, et la moitié du genre humain ne peut être, sans injustice, asservie à l'autre. Refusons pour époux tout homme qui n'est pas assez généreux pour consentir à partager son pouvoir ; nous ne voulons plus de cette formule, « Femme, soyez soumise à votre mari ! » Nous voulons le mariage selon l'égalité. Plutôt le célibat que l'esclavage !
A quarante-deux ans, en juin 1848, elle fonde avec Désirée Gay, La politique pour les femmes, journal publié par une société d’éducation mutuelle féminine, et édite pour sa campagne en mai 1849, Campagne électorale de la citoyenne Jeanne Deroin, en lançant sa Pétition des femmes au peuple. Jeanne a bien peu de soutiens, même dans son camp. George Sand la juge déplacée, ironie du sort c’est ainsi qu’on la désignait elle-même quinze ans plus tôt. Proudhon ne voit en elle qu’une excentrique. En 1851, elle est emprisonnée pour idées subversives. Après le coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte, elle s’exile à Londres, ouvre une école pour les enfants des réfugiés politiques, travaille aux côtés des socialistes et publie un Almanach des femmes. Elle meurt outre-Manche dans la pauvreté à quatre-vingt-dix ans après quarante-trois ans d’exil.
La répression des révolutions de 1848, et la remise en vigueur de la Censure, confine les femmes au silence pendant près d’une génération, mais Jeanne a ouvert la voie à celles qui sont en âge d’être ses petites-filles, Hubertine Auclert et Marguerite Durand.
Avec George Sand, Eugénie Niboyet, Jeanne Deroin mais aussi Elisa Lemonnier, Marie-Reine Guindorf, Jeanne-Désirée Véret et Désirée Gay, se dresse une génération de Panthéonistas qui tout en se préoccupant d’équité sociale, de l’abolition de l’esclavage et de la peine de mort, tente l’émancipation féminine par le droit à l’éducation, ainsi qu’à l’égalité en droit et porte en germe la question de la maîtrise de leur corps par les femmes.




Jeanne Deroin 1905-1894


Deroin JeanneCours de droit social pour les femmes, Plon, 1848, in Gallica, BnF
Deroin Jeanne, Pétition faite aux femmes, au peuple 16 mars 1848, 1850, in Gallica, BnF
Deroin Jeanne, Du célibat, mai 1851, in Gallica, BnF
Adler Laure, Les première journalistes : 1830-1850, Payot, 1979
Lucas Alphonse, Les club et les clubistes, 1851, in Gallica, BnF
Riot-Sarcey, Michèle, De l'utopie de Jeanne Deroin in Revue d'histoire du XIXe siècle 9/1993
Riot-Sarcey, Michèle, Le Parcours de femmes dans l'apprentissage de la démocratie : Désirée Gay, Jeanne Deroin, Eugénie Niboyet, 1830 – 1870, Paris Université, 1990
Jeanne Deroin ne sera pas élue !, in L'Histoire, no 231, avril 1999, p. 17-18


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